
Parmi
les nombreuses régions naturelles tant diversifiées les unes que les autres
dont le Maroc recèle, il en est une qui suscite particulièrement notre
attention : Le Bassin Sahel-Doukkala.
Cette
région attachée à la Meseta côtière connaît depuis les années 60 un
important essor économique avec un grand développement des activités
agricoles, industrielles et de centres estivaux.
La spéléologie y amène sa part de contribution.
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Le
bassin Sahel-Doukkala est constitué de formations sédimentaires tabulaires
d’âge secondaire, tertiaire et quaternaire reposant sur un socle primaire
plissé. Le climat est thermoméditerranéen
semi-aride chaud. C’est un climat
littoral qui connaît des influences continentales et maritimes dans l’arrière
pays.
Du
Cap Beddouza à Jorf Lasfar, la côte est rectiligne et formée d’une plage étroite,
bordée par une dune haute de 40 m maximum, fixée par une végétation à base
d’Acacias et d’Eucalyptus. A 1
à 2 km à l’intérieur des terres, une haute falaise de 50 à 130 m borde le
rivage. Elle constitue la retombée
atlantique du karst des Doukkala dont la lithologie et l’âge sont divers :
calcaires gréseux et coquilliers du Plio-quaternaire marin et dunaire, calcaire
avec parfois du gypse du Crétacé inférieur ou moyen, calcaire du Cénomanien.
Une
vaste zone dépressionnaire (Oulja) s’étend entre le cordon dunaire et la
falaise (souvent appelée falaise morte). En
plusieurs points la mer perce la dune et envahit l’Oulja (lagunes de Oualidia,
Sidi Moussa et Sidi Abed). Les
lagunes ainsi formées sont bordées de shorres et ont donné lieu au développement
de l’ostréiculture et à l’exploitation de salins.
Entre les deux lagunes principales, Oualidia et Sidi Moussa, l’oulja
est occupé sur près de 19 km par une zone de marais très propice au
stationnement des Anatidés.
De
nombreuses grottes parsèment la région ; certaines s’ouvrent dans la falaise
morte, dont la plus connue est la grotte Goran, au Cap Beddouza, d’autres s’étirent
en cordon à plusieurs km du rivage à la faveur d’effondrements karstiques
dans le lapié du massif calcaire.
Des
traces d’activités humaines très anciennes peuvent se voir dans certaines
grottes.
A
Goran, ont été découvertes des gravures rupestres représentant des
boomerangs, des pointes de flèches ainsi qu’un animal indéterminé.
Ces gravures seraient contemporaines de celles de l’Oukaïmeden (3500
ans BP). Une grande quantité de
poteries de toutes les époques depuis le Néolithique démontre que depuis tous
temps cette grotte a dû servir de refuge.
Son emplacement n’est sans doute pas pour rien dans l’assiduité de
ses fréquentations au cours du temps. Son
ouverture, un trou de 1 m de diamètre, est situé à 400 m de la falaise à
proximité du Cap Beddouza. D’après
Jean Minet, une sortie qui débouchait jadis sur la falaise aurait été dynamitée
par la légion française au début du siècle dernier afin d’empêcher les
trafics de contrebande.
Dans
une époque lointaine, de par sa situation physique, le Cap Beddouza a dû connaître
un essor tout à fait particulier. Des
vestiges l’en attesteraient. Les
anciens de la région parlent d’un village aujourd’hui submergé situé à
quelques encablures du Cap et qui aurait été relié à la côte par une route.
Ce site est bien connu des pêcheurs qui observeraient, par mer calme,
les ruines de ce village. Hannon de
son côté, aux environs de 425 AJC, après avoir fondé Thymiatherion (Kénitra),
serait arrivé à Soloeïs (Cap Beddouza), décrit alors comme un promontoire
libyen couvert d’arbres, où il aurait fondé un temple dédié à Poséidon
(le Baal Shaphon des carthaginois).
A
5 km de la côte, à hauteur de Sidi Moussa, Ghar Laaguig, alias « la
grotte des perles » a certes également quelqu’intérêt archéologique.
Cette aven-grotte possède une entrée aménagée.
Des vestiges d’escaliers taillés dans la masse calcaire conduisent à
une grande salle presque circulaire de 30 m de diamètre.
Le porche d’entrée soigneusement découpé dans la roche devait semble
t’il supporter un système de fermeture à l’aide de planches de bois.
L’érosion de la pierre laisse supposer plusieurs milliers d’année
d’âge. Il est à remarquer
qu’aujourd’hui aucun arbre ne vient perturber la monotonie minérale du
plateau désertique balayé par le vent. A
l’intérieur, la voûte en dôme de la grande salle est percée d’une petite
fenêtre naturelle qui laisse pénétrer la lumière extérieure.
Dans cette grande salle, de nombreuses galeries devaient s’ouvrir tous
azimuts mais ne faisaient que quelques mètres de longueur encore en 1948, tel
qu’il est décrit dans l’Inventaire Spéléologique du Maroc.
Actuellement, une seule et grande galerie s’ouvre à l’opposé des
escaliers. Elle se rétrécit après
une dizaine de mètres avant de devenir impénétrable pour l’homme, comblée
par du sable. Une désobstruction
serait judicieuse car de nombreuses chauves-souris empruntent le passage réduit
à une mince étroiture d’où jaillit un fort courant d’air.
Une
autre grotte similairement aménagée (escaliers menant à un dôme percé
d’une fenêtre naturelle), bien que de dimension plus modeste se situe à 17
km plus au sud, en bordure de route, vers Khemis Zemamra.
Cette dernière a été en grande partie comblée afin d’éviter les
accidents sur le parcours du bétail.
Ces
grottes aménagées ont probablement été occupées aussi par des garnisons
portugaises au XV ème et XVI ème siècle, à l’époque des grandes découvertes.
En témoignerait la grotte Koufrit Zemram située à 1 km de Sidi Moussa
et à 100 m de la route. Cette
grotte bouchée par les habitants se présente après désobstruction sous forme
de « village souterrain » de plusieurs salles creusées dans les
tufs.
Il
faut signaler aussi le passage dans la région d’une chaussée romaine, parallèle
au rivage. On peut l’observer,
taillée à même le lapié à proximité immédiate de Ghar Takkout, importante
aven-grotte, située à 5 km à l’est de Oualidia.
De cet endroit partirait une voie secondaire en direction de Khémis Zémamra.
Cette chaussée romaine serait peut-être à relier à celle que l’on
peut observer plus au nord sur le cordon dunaire littoral à hauteur de Tnine
Chtouka.
En
outre, de nombreux abris sous roche sont visibles le long des falaises autour de
Oualidia. Ils devaient servir
d’abris et de postes de guets aux marins et soldats qui hantaient cette côte,
certainement depuis l’époque phénicienne.
Ne parle t’on pas encore de Barberousse, de naufrageurs et de fabuleux
trésors des pirates, butins arrachés aux voiliers marchands à leur retour des
Indes ou des Amériques et cachés ça et là dans quelques recoins oubliés…
Un
problème survenu dans le région depuis quelques années est celui de
l’ensablement des lagunes et principalement de la plus grande d’entre-elles,
celle de Oualidia, dont dépendent à la fois le plus grand centre estival des
Doukkala (5000 habitants en hiver et près de 15000 en été) et l’ostréiculture,
unique sur toute la côte atlantique marocaine.
Il
est évident de constater que l’ensablement est consécutif à
l’installation des marais-salants il y a une quarantaine d’années. La construction de digues successives étant un frein à la
vitesse des courants de flot et de jusant, une sédimentation des particules
transportées en est la résultante. Ce
phénomène devenu galopant ces dernières années a sensibilisé le Ministère
de l’Equipement de la Direction Provinciale d’El Jadida. A sa demande, le diagnostic et l’étude du confinement de
la lagune de Oualidia fait l’objet d’un gros travail de terrain auquel
nous avons pu apporter nos observations sur le fonctionnement karstique des
Doukkala.
Sans
entrer dans les détails, à l’occasion de cette étude, il nous est apparu
qu’une bonne partie des eaux météoriques d’infiltration du plateau
calcaire n’avaient pas de résurgence en aval, au niveau des lagunes. Pour expliquer ce phénomène, il faut remonter 20000 ans en
arrière, avant la Transgression Flandrienne qui a marqué le passage de la
dernière glaciation à l’interglaciaire actuel.
Ce passage s’est traduit par une énorme fonte des glaces à l’échelle
du globe, entraînant une élévation du niveau des mers de 120 mètres.
A cette épopque donc, le karst des Doukkala devait être beaucoup plus
vaste et empiéter de l’ordre de 50 km dans l’océan actuel.
Dans ces conditions, tout laisse à penser que le massif calcaire des
Doukkala est un karst noyé et l’on devrait s’attendre à trouver
d’importantes résurgences d’eau douce à plusieurs km à l’intérieur de
l’océan.
Cela
expliquerait pourquoi le réseau actif d’Aouia, importante aven-grotte aux
environs de Sidi Moussa, ne débite que très peu d’eau à une profondeur
proche de celle du niveau de la mer.
Dans
cette dernière grotte, on peut bien observer la dynamique de fonctionnement du
karst. Dans les dunes consolidées
du Quaternaire qui constituent un matériau relativement tendre vue leur âge récent,
se forment des poches de dissolution calcaire.
Des cavités apparaissent à diverses profondeurs (quelques dizaines de mètres).
Ces cavités sphériques, de l’ordre de 20 m de diamètre se comportent
comme des bulles qui remontent vers la surface à la faveur d’éboulement
successifs de leur voûte jusqu’à la crever pour former un aven.
Le cas s’est produit en 1986 lorsqu’a vu le jour « Tremor »
(Montagne Marocaine n°10 – Hiver 2003). Les
poches de dissolution sont parfois reliées entre elles par des boyaux sinueux
plus ou moins comblés d’éboulis instables.
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Par
des exemples concrets, relatifs à la région particulière du bassin
Sahel-Doukkala de la Meseta côtière, nous avons montré un autre visage de la
spéléologie qui si elle reste avant tout un sport pratiqué au sein de notre
club n’en demeure pas moins un outil de recherche qui peut s’avérer fort
appréciable pour les aménagistes.
Jean
Isbecque