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SUGIER JEAN

 

 

Tous ceux qui connurent Jean Sugier avant 1939 se souviendront longtemps du désabusement qui marquait alors ce garçon, taillé pour l'action, lèvres serrées et regard clair, forcé de subir la lente décomposition de la paix dans une Europe pleine de la rumeur des armes. Comme toute la jeunesse française issue de la grande guerre, Jean avait toujours pensé que les vainqueurs, les anciens de novembre 1918, ne lui avaient pas laissé sa chance ; des tempéraments comme le sien avaient besoin de croire à la dureté de la paix, à la tension permanente des forces dont le déchaînement spectaculaire venait d'expirer au seuil de sa propre vie. Hélas ! on lui démontrait que tout était terminé ; il arrivait trop tard comme tant d'autres. Il ne lui restait plus qu'à parcourir la longue route universitaire où chaque mois de juin lui tendrait le piège de quelque examen fatal. Et Jean Sugier, rageur, ne se sentait pas de vocation pour ces échéances régulières. Disponible, sa disponibilité même eût risqué de le perdre s'il n'avait rencontré sur sa route hésitante la main ferme de l'homme qui très tôt annonça l'heure des sacrifices : Monsieur Simonet, professeur et commandant d'aviation, grand blessé de 14-18 et volontaire de 1939, le plus authentique des héros que le Maroc ait donnés à la France.

Le 26 novembre 1942, Jean Sugier est rappelé au 1er bataillon du 3e régiment de la Légion étrangère. La Légion est le cadre qui lui convient : il n'a pas de passé parmi les hommes qui ne veulent plus se souvenir de leur passé. Sa campagne est brillante : il est cité 3 fois... Le voici en permission à Casablanca. Ce qu'il y avait d'inachevé en lui a disparu : la mâchoire est plus serrée, l'œil plus perçant c'est un jeune loup taillé pour la bataille. Sa physionomie mâle ne se détend que lorsque passe près de lui sa sœur qu'il a tant aimée. Il raconte les opérations avec la modestie et la précision technique d'un vieux baroudeur. Il connaît maintenant les hommes, les siens, qu'il aime avec une ardeur farouche, ses légionnaires qui constituent un miracle quotidien d'abnégation et ceux d'en face qui combattront jusqu'à l'épuisement total. Jean Sugier ne sera indigne ni des uns ni des autres.

Libération de la France... Jean combat sur la terre alsacienne.

A Ammerschwihr il s'est comporté si bravement, capturant 18 prisonniers dont un officier, que la citation à l'Ordre de l'Armée laisse échapper en faveur de ce jeune officier les termes dont on n'use qu'à l'adresse de combattants de métier :

« Type parfait de l'officier de Légion, guerrier dans l'âme » : Il a donc achevé la route qu'il s'était tracée.

Et voici qu'au seuil de la victoire peut être a-t-il été bouleversé à l'idée qu'un jour la paix tenterait de le refaire prisonnier parmi l'inextricable toile d'araignée que l'on appelle l'arrière. Une fois de plus Jean a pris parti. Il ne pouvait y avoir de triomphe pour lui qu'à la tête de ses légionnaires et dans la nuit du 14 au 15 février 1945 ayant pénétré à la tête d'une patrouille dans les lignes ennemies, Jean Sugier tombait sur le manteau de neige qui recouvrait alors la plaine alsacienne, « guerrier dans l'âme, type parfait de l'officier de Légion ».

Citations :

A l'Ordre du Régiment : Ordre n° 50 1-2-43 du général de division commandant supérieur des troupes de Tunisie.

« Chef de section, lors du repli de Bit el Arbi le 22-1-43 arrêté par un feu violent d'une arme automatique a fait preuve de sang-froid, d'initiative et de courage en ramenant à travers les lignes ennemies plusieurs éléments de la compagnie ». Croix de guerre 1939/45 avec étoile de bronze.

A l'Ordre de la Division : Ordre n° 38 du 12-4-43 du colonel commandant le groupement Nord du front sud-est-Algérien.

« Aspirant de réserve courageux et plein d'allant, toujours volontaire pour les missions périlleuses. Du 25 mars au 4 avril 1943 a exécuté plusieurs reconnaissances d'une position ennemie fortement occupée pénétrant jusqu'à l'intérieur de la position et rapportant des renseignements précis ». Croix de guerre 1939/45 avec étoile d'argent.

A l'Ordre de la Division : Ordre général n° 94 bis 25-5-43 du général commandant la division de marche marocaine.

« Jeune aspirant hardi et décidé, a, au cours de l'attaque de la maison forestière de Louhando du 4 mai 1943, entraîné sa section sur son objectif à travers un barrage très dense d'artillerie ennemie. A, par son mépris du danger, conservé à la section un moral très élevé malgré les bombardements incessants de l'ennemi sur sa position, au cours des journées des 4 et 5 mai 1943.

A l'Ordre du corps d'Armée : Ordre général n° 216 du 9-4-45 du général commandant le 2e C.A.

« Type parfait de l'officier de Légion. Guerrier dans l'âme. Volontaire pour toutes les missions difficiles. Dans la nuit du 18 au 19-12-44, a participé à la prise d'Ammers chwihr en dirigeant brillamment le combat de sa section, mettant rapidement la main sur un point important, infligeant des pertes sévères à l'ennemi et capturant 18 prisonniers, dont l'officier.

Par décret en date du 21-6-45 : Est nommé dans l'Ordre national de la Légion d'honneur au grade de chevalier à titre posthume. Sugier Jean, sous-Lieutenant du R.M.L.E.

« Officier ayant au plus haut degré le sens du combat et le goût de l'action. Pour avoir fait montre en toutes circonstances de qualités exceptionnelles de sang-froid, de courage et de mépris du danger. Est tombé glorieusement dans la nuit du 14 au 15 janvier 1945 à Sand à la tête d'une patrouille qu'il dirigeait dans les lignes ennemies ».

Cette nomination comporte l'attribution de la Croix de guerre avec palme.