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Pesnel Roger

Né à Casablanca le 6 mars 1921, Roger Pesnel entre au lycée Gouraud en 1928. Il y fait toutes ses études secondaires ; travailleur acharné, faisant preuve, dès son plus jeune âge, d'une volonté tenace et lucide, il ne connaît que des succès.

Reçu au premier baccalauréat en juin 1938, au deuxième en juin 1939, il se destine à l'Ecole nationale de la France d'Outre-Mer. Le concours est des plus difficiles. Les candidats normaux ne l'affrontent avec chance de succès qu'après deux ans de préparation dans un établissentent scolaire spécialisé de France.

Roger Pesnel est obligé par les circonstances de demeurer a Rabat pendant la première année de préparation. Ses parents, ses amis, ses maîtres du lycée Gouraud pensent qu'il ira au lycée de Bordeaux effectuer, après le premier échec habituel, sa deuxième année de préparation. Il les laisse dire, trop intelligent pour être sûr de lui, trop plein de réserve pour faire part de son désir et, après une année de préparation effectuée seul à Rabat, il est reçu d'emblée dans un rang des plus honorables.

L'Ecole de la France d'Outre-Mer étant fermée par les occupants, Roger Pesnel revient à Rabat, y prépare les épreuves de la 2e année de licence en droit. Il est, une fois encore, brillamment reçu.

Il regagne Paris en 1941 et suit les cours de première année de l'Ecole de la France d'Outre-Mer. Reçu à son examen de fin d'année, il quitte Paris clandestinement, franchit la ligne de démarcation à Vierzon, en traversant le Cher à la nage.

Le débarquement allié le trouve au Maroc. Mobilisé il est envoyé à l'école de Médiouna. Il en sort dans les premiers avec garde d'aspirant ; il est affecté en avril 1943 à la 7e Compagnie du 1er régiment de tirailleurs marocains.

Ses notes de l'école de Médiouna, l'intelligente confiance de son chef de bataillon, font qu'un commandement difficile lui est immédiatement confié. Alors que la plupart des jeunes aspirants de sa promotion demeurent en sous-ordre, il est nommé chef de la section d'engins dont chaque compagnie est dotée dans les divisions d'infanterie de montagne.

La confiance de ses chefs ne sera pas déçue. Roger Pesnel, jeune, chef de 21 ans, fait de sa section la plus complète, la plus homogène du bataillon. Infatigable, il sait comprendre les défaillances de ses hommes alliant aux qualités de l'esprit celles du cœur sans lesquelles il n'est pas de vrai chef.

Il participe à la campagne de Corse, à celle d'Italie. Toujours au premier rang, calme, méthodique, énergique, il est adoré de ses hommes auxquels, cependant, il demande toujours l'effort le plus grand.

Une première citation lui est décernée les 27 et 28 mai 1944. Le texte déformé par plusieurs transmissions n'en indique pas le motif véritable. Roger Pesnel, en réalité, est allé, sous le feu ennemi, chercher un de ses soldats gravement blessé, le sauvant d'une mort certaine.

Il poursuit sa route ardente, toujours mû par la flamme intérieure la plus pure. Le 12 juillet 1944, il est tué à San Donato alors qu'il achevait en personne, une opération de destruction chez l'ennemi, qu'il aurait parfaitement pu confier à l'un de ses subordonnés.

Ses chefs ont pleuré sa mort, mais le plus bel hommage, le plus émouvant lui fut rendu par ses soldats, les tirailleurs marocains, enfants au grand cœur, si sensibles aux gestes de ceux qui les aiment, plus capables que quiconque de reconnaître un vrai chef.

Roger Pesnel était cité à l'Ordre de l'Armée à titre posthume, devenant titulaire des deux citations suivantes :

" Citation à l'Ordre de la Brigade O.R. n° 14 ".

Aspirant Pesnel Roger, 7e Compagnie du 1er R.T.M. ;

" Chef de section, courageux et calme, a réduit plusieurs résistances locales avec sa section dans an terrain couvert et soumis aux tirs d'artillerie contribuant à la reprise des villages de San Stephano et Guilliano, les 27 et 28 mai 1944 ".

Légion d'honneur à titre posthume, " Elève à l'Ecole coloniale de Paris, et se destinant à la carrière d'administrateur des colonies, le sous-lieutenant Pesnel joignait à une haute et vaste culture les qualités de caractère, d'énergie et de dignité qui placent les hommes, même très jeunes, au rang des chefs.

A donné en toutes les occasions qui lui étaient offertes, des preuves de courage réfléchi, d'esprit de sacrifice et de solidarité de combat, ainsi que d'une haute valeur technique militaire, en tant que chef de la section de mitrailleuses et d'engins.

S'étant déjà fait remarquer pendant les opérations de Corse, en septembre, octobre 1943 ; il a pris part depuis le début de la campagne d'Italie, à toutes les opérations de sa compagnie - combat de Fragolosa. Fagetto. Schigrano, Col de la Palombaro et Col de Selvapiana. En particulier le 28 mai à Selvapiana, n'a pas hésité avec l'aide d'un de ses caporaux, chef de pièce, à aller chercher et ramener en rampant sous un tir ajusté d'armes automatiques, un de ses hommes de sa section qui était grièvement blessé, et qui serait mort sur place sans son intervention rapide, ce qui lui valut une première citation.

Le 12 juillet 1944 à l'attaque de San Donato, alors qu'il avait reçu la mission d'appuyer au plus près les sections de premier échelon de la compagnie, n'a pas hésité à se porter en plein assaut au niveau d'une section engagée afin de mieux définir les résistances ennemies pour régler ses pièces avec le maximum d'efficacité.

" Sa section ayant été prise sous un tir d'arrêt de gros calibre, a été tué à son observatoire pendant qu'il finissait la destruction d'une mitrailleuse ennemie ".

Roger Pesnel avait refusé de quitter le régiment pour être affecté à un poste d'officier des affaires indigènes du Maroc,

Il cachait sous une apparente froideur, l'âme la plus élevée, la plus pure, remplie de cette mystique, de cette foi en un idéal sans lesquelles rien de durable ne peut se faire.

Vivant, il eût été appelé aux plus hautes destinées ; mort, il est pour ceux qui, l'ayant connu, se souviennent, une raison d'espérer.