lecornec.jpg (11580 octets)

Le Cornec Jean

René-Jean Le Cornec était un grand garçon mince, au visage ouvert, éclairé d'intelligence.

Son caractère ferme, sa curiosité universelle, posée et limpide en dépit de son élan, l'autorité précoce de son esprit tout semblait destiner René-Jean Le Cornec aux joies des développements paisibles, aux solides réussites de longue haleine. Sa jeune personne entière portait un message d'équilibre, une promesse de féconde sagesse.

Après le bonheur d'une enfance égale, au sein d'une famille qui le chérissait tendrement, après les doux rayons des premiers succès scolaires il fut remarqué au lycée Gouraud à Rabat par son professeur de philosophie qui se plut souvent à dépasser pour lui le niveau ordinaire des études.

Sa haute conscience dans l'effort, son brio intellectuel ne firent que se confirmer pendant son temps de section normale. Jean le Cornec n'eut pas, hélas ! le temps d'occuper un poste d'enseignement. Cependant il serait faux de dire que la guerre le happa. Car, ajournant en pensée les réalisations de carrière, Jean Le Cornec tenait à faire campagne : c'est délibérément qu'il choisit d'abord le destin d'ouvrier de la libération française.

Servant dans l'infanterie, portant les galons d'aspirant dans une légendaire unité de tirailleurs algéro-marocains,

la stature du chef de section Le Cornec vint dominer aussitôt la silhouette encore timide et gracile de l'étudiant Le Cornec. Car, à la bataille, il ne révéla pas seulement de la bravoure ; l'adolescent encore à l'apprentissage de la vie s'ouvrit pour livrer un homme doué des plus mâles vertus du chef.

Sorti d'une quiétude sans histoire, il se montra de baille d'emblée à écrire l'Histoire : l'histoire miraculeuse de la résurrection des armes françaises en Italie, en France, en Alsace.

Sang-froid, énergie, initiatives justes au montent le plus critique : Le Cornec, lorsqu'il connut le sort cruellement réservé aux meilleurs, c'est-à-dire le sacrifice, avait donné toute sa mesure : de longues années de plus clémentes réalisations n'eussent rien ajouté à l'éclat de ses vertus. En dépit d'une apparence douloureuse, les splendides citations qui suivent, payées du prix suprême du sang, l'emportent sur les magnifiques services et les œuvres profondes dont sa vie dans la paix n'eût pas manqué d'être marquée.

Citation à l'Ordre de la Division :

(Croix de guerre avec étoile d'argent)

" Chef de section plein de fougue, toujours volontaire pour partir en tête de la compagnie. A effectué avec sa section, le 13 mai 1944 une reconnaissance dans un terrain encore occupé par l'ennemi. A, par une manœuvre adroite, réussi à capturer des prisonniers ".

Citation à l'Ordre de la Brigade :

(Croix de guerre avec étoile de bronze)

" Officier d'un calme et d'un sang-froid remarquables ; a assuré avec un dévouement inlassable la liaison entre le bataillon et le régiment, au cours des opérations offensives du 5 au 23 juillet 1944, entre la région Sud-Ouest du Col Di Val d'Elsa et Castelfiorentino empruntant de jour et de nuit des itinéraires infestés de mines et traversant les tirs d'artillerie particulièrement actifs et vigilants.

Citation à l'Ordre de l'Armée (à titre posthume) :

(Croix de guerre avec palme)

" Chef de section plein de fougue, toujours volontaire pour les missions périlleuses. Le 16 octobre 1944 a par son intervention rapide permis, en renforçant une compagnie en difficulté, de repousser l'adversaire. A été tué le 17 octobre 1944 dans le bois du Haut-du-Faing, en repoussant à la tête de sa section une violente contre-attaque d'un ennemi mordant et supérieur en nombre ".