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Laredo Lucien

Né le 31 octobre 1923 à Rabat, Lucien Laredo fut certainement un des plus fidèles et des plus brillants élèves qu'ait connu notre Lycée; de la classe enfantine à la Philosophie, pendant douze années consécutives, il remporta le prix d'excellence. Voici en quels termes le juge son professeur de philosophie : « Remarquablement doué et équilibré, a fait une année très brillante qui le met au niveau de la licence plus que du baccalauréat ».

De caractère enjoué, le visage toujours souriant, il attirait rapidement la sympathie; sa franchise, sa droiture, doublées des qualités d'un charmant camarade, avaient conquis tout le monde dans l'établissement, même les mauvais élèves applaudissaient de grand cœur à ses succes :  il exerçait sur eux un ascendant étonnant. Le premier en classe, il était le plus dynamique dans la cour où l'on entendait ses cris de joie, ses hurrahs de sportif, s'élever de la foule des camarades. Sur le stade, il comptait également parmi les meilleurs, surtout au basket-ball qui était son sport préféré. Une grande association de notre ville fait disputer chaque année une coupe qui porte son nom, juste hommage envers un sportif particulièrement valeureux.

    Il ne se piquait d'ailleurs pas de perfection : son énergie et sa ténacité allaient jusqu' à l'entêtement et on l'excusait volontiers d'ètre parfois hâbleur parce que tout luii était facile.

Très indépendant d'esprit, il eut quelque peine à se plier aux servitudes de la vie militaire. Impatient d'agir, il renonça aux écoles et aux stages pour accéder plus rapidement au champ de bataille. Tout entier préoccupé par sa tourelle de char lourd, il refuse de la quitter pour aller subir un oral de Licence-ès-Lettres. Le 14 juillet 1943 après les dures manceuvres d'Ain Sebaa et avant le grand départ, il défile dans les rues de Rabat devant la maison paternelle, avec le l'H.C.A. que dès son enfance il a applaudi lors de toutes les manifestations patriotiques; de leur balcon, aujourd'hui, ses parents fiers de lui sourient à leur fils et l'admirent.

Bientôt commencent les étapes glorieuses de la libération : Saint-Tropez, Toulon, Marseille, la vallée du Rhône, puis Montbéliard. Nous le retrouvons le 24 décembre à Kaysersberg, la poitrine hors de la tourelle de son char contemplant le repli des Allemands : les Vosges sont à présent entièrement dégagées; demain il s'élancera pour libérer l'Alsace.

Mais le 9 janvier 1945, une ruse de l'ennemi fait subir de lourdes pertes à son peloton : nos chars encerclés refusent de se rendre, combattent à outrance et brûlent longuement dans la nuit.

Quelques jours plus tard, vengés par leurs frères d'arnes, nos morts sont pieusement ensevelis dans le cimetière de Benfeld. C'est là que repose Lucien Laredo, dans cette plaine d'Alsace, vaste et émouvant champ de repos pour tant de nos vaillants soldats.

Citation à l'Ordre du Régiment

« Le Chasseur Laredo Lucien, chargeur d'un char moyen a toujours montré le plus grand sang-froid dans les missions confiées à son peloton. Blessé dans son char le 9 janvier 1945 dans les bois de Benfeld alors que son engin tentait de traverser un barrage dense d'obus et de feux ennemis, semble n'avoir pu évacuer son char en feu. A été porte disparu ».