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Kuhn Pierre

 

 

KUHN PIERRE

" Demeure vivant dans le cœur de ses hommes comme le symbole de l'honneur et du courage de l'officier français ".

Un garçon qui n'était pas encore sorti de l'enfance ; des yeux rieurs tout remplis de la joie de vivre, un fonds inépuisable de générosité, une intelligence vive, toujours prête à s'enrichir et par dessus tout le respect sacré des êtres qu'il regardait vivre intensément : ses parents qu'il entourait d'une tendresse infinie, ses maîtres qui devenaient ses confidents ; et la cohorte des amis qui se levait partout où il passait.

Pierre Kuhn est né à Rabat le 18 juillet 1924. Dès son jeune âge il manifeste une vocation marquée pour la carrière militaire. Brillant élève du lycée Gouraud, il passe ses baccalauréats de philosophie et mathématiques élèmentaires puis rejoint le lycée Lyautey de Casablanca pour y préparer le concours d'entrée à l'école militaire de Saint-Cyr. En quelques semaines il se fait remarquer par ses résultats brillants et l'atmosphère de cordialité chaleureuse qu'il crée autour de lui. Le débarquement allié change radicalement la vie des jeunes de l'Afrique du Nord : l'heure de l'action a sonné.

En septembre 1943 il est reçu à l'école de Cherchell d'où il sortira officier, ses notes de sortie signalent qu'il " fera un officier de premier ordre, d'un type dont nous avons bien manqué ces temps derniers ". Le 4 mai, à sa demande, il part rejoindre le corps expéditionnaire d'Italie où il retrouvera son frère : affecté au 4e R.T.M. il participe aux combats de la marche sur Rome et sur Sienne, dans les rangs de la 3e D.I.A. célèbre par son esprit offensif et sa volonté farouche. Blessé en juin, il a rejoint sa section rapidement.

Le mois d'août lui apporte, en première ligne, la plus grande joie de sa vie : celle de rentrer en vainqueur dans son pays. Après un bref séjour au camp d'entraînement de Val d'Ahon le voici de nouveau aux portes de l'Alsace : alsacien de vieille race, il passe sa nuit de Noël 1944 à monter la garde au col du Bonhomme : au pied des monts, chez l'ennemi, tant de braves cœurs prient pour hâter la délivrance.

10 mars 1945 : après un accès de paludisme qui l'a forcé à faire un séjour à l'hôpital, il rejoint sa compagnie.

Son capitaine blessé, il prend le commandement. Le 20 mars son unité est chargée de percer la ligne Siegfried près de Berg : c'est le dernier effort demandé à nos troupes, pour porter la guerre en terre ennemie. La ligne défensive est franchie mais le même jour Pierre tombait glorieusement.

L'enfance ne l'avait pas quitté : elle l'a accompagné jusqu'au bout et lorsqu'il est tombé le 20 mars elle lui a donné le sérieux intense que reflète un visage d'enfant lorsqu'il fixe, parmi ses rêves mobiles, le plus lointain, le plus inaccessible : Pierre Kuhn qui mourait pour la France, n'avait pas vingt et un ans.

Citation à l'Ordre du Corps d'armée :

" Chef de Section de F.V. de tout premier ordre, d'un courage à toute épreuve, très aimé de ses hommes. A été blessé le 11 juin 1944 devant San Fivra, alors que sous un violent bombardement d'artillerie ennemie, il disposait sa section. N'a consenti à être évacué que sur ordre du commandant de compagnie, après avoir accompli sa mission jusqu'au bout ; donnant à tous un magnifique exemple de chef ".

Citation à l'Ordre de la Division :

" Chef de section énergique et courageux, modèle pour ses hommes : le 31 janvier 1945 a mené la reconnaissance qui a permis l'établissement de la tête de pont de Sand. Franchissant l'Ill la nuit avec sa section, n'a pas hésité à aller chercher lui-même dans un champ de mines l'un de ses hommes qui venait de sauter ".

Par décret du 7 juillet 1945 paru au Journal Officiel du 5 août, Pierre Kuhn a été nommé chevalier de la Légion d'honneur, à titre posthume, sur la proposition suivante.

 

" Jeune officier, modèle des vertus guerrières de la race. Le 20 mars 1945 reçut l'ordre de lancer sa compagnie à l'attaque de la ligne Siegfried en avant de Berg. Après avoir mené à bien la progression malgré le feu ennemi est arrivé en contact d'un champ de mines extrêmement dense causant des pertes à sa compagnie.

Voyant un de ses hommes blessé au milieu des mines a résolu d'aller le chercher après l'essai d'un de ses sergents. Blessé mortellement dans cette action a eu la présence d'esprit de brûler sa carte renseignée avant de succomber.

" Mort au champ d'honneur, demeure vivant, dans le cœur de ses hommes, comme le symbole de l'honneur et du courage de l'officier français ".