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Girard Camille

 

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S'il est vrai que chaque année apporte à l'âme de nos lycées quelque trait nouveau qui la complète grâce à la jeune génération qui accourt dans leurs murs, Girard Camille exprimera à jamais les plus nobles qualités de ce peuple d'élèves qui a fréquenté le lycée Gouraud de 1928 à 1941 et qui lui a donné son visage personnel : Camille y a fait toutes ses classes depuis la douzième jusqu'à la classe de lettres supérieures, sans aucune interruption : excellent élève de Lettres, il désire préparer le concours d'entrée à l'Ecole normale supérieure lorsque le débarquement allié en Afrique du Nord l'amène à prendre dans la joie, la décision qui va marquer son destin : il décide de s'engager et obtient de son père, ancien combattant de 1914-1918, l'autorisation nécessaire. Le 15 janvier 1943, il contracte un engagement pour la durée de la guerre et après un court passage à Cherchell où il gagne brillamment ses galons d'aspirant, il choisit le 1er régiment de chasseurs d'Afrique.

Voici Girard Camille combattant ; et rien n'est plus pathétique que la maîtrise avec laquelle il sait séparer de son devoir envers son pays occupé, toutes les affections, même les plus tendres, toutes les amitiés, tout ce qui peut le détourner un instant de son métier de soldat. Pourtant peu de jeunes, à son âge, avaient uni en un faisceau plus chaleureux les forces qui, pendant longtemps assurèrent à la France sa stabilité physique et morale : l'amour de la famille, une piété intense, une foi patriotique inébranlable. Mais l'heure de l'action venait de sonner: spontanément Camille lui donne la première place et tout vient s'ordonner pour lui autour des nécessités du combat prochain; fils modèle, il sait trouver constamment les mots d'espoir qui soutiendront les siens : chacune de ses lettres exprime sa volonté de vaincre et son attachement passionné pour ceux qui l'ont formé.

Grand, le visage toujours souriant, modeste et serviable, d'une égalité d'humeur qui s'accompagne d'une sensibilité de poète, Camille avait commencé sa jeune destinée en comblant de joie et de fierté sa famille et ses maîtres. L'un de ces derniers a écrit : " Tout, en lui, était franchise et pureté. Son sérieux, son parfait équilibre intellectuel, sa richesse de cœur, sa grandeur morale m'avaient frappé et séduit. Je l'aimais bien.... "

Dès que la cinquième division blindée est engagée le jeune aspirant se distingue: tout de suite ce garçon s'adapte aux conditions du combat de chars : à Ammerzwiller, puis à Gildwiller, il a donné des preuves de bravoure à la tête de son peloton de chars. " Je suis fier et heureux de me trouver à la tête de cinq chars, cinq sous-officiers et vingt hommes. C'est une lourde responsabilité et je vous demande de prier pour que je sois digne de cet honneur ".

Le danger ne lui fait pas perdre confiance : jusqu'au bout il rassurera les siens : " Que maman ne s'en fasse pas : je lui reviendrai avec mes quatre membres et mon grand nez, et elle pourra encore me serrer dans ses bras ".

Le mardi 19 décembre 1944, le peloton Girard reçoit l'ordre d'attaquer et d'occuper le village de Sigolsheim près de Colmar, il doit être appuyé par des éléments de l'infanterie alliée. La nuit tombe vite en décembre. L'attaque commence à 15 heures 40 mais la réaction violente de l'artillerie ennemie est si vive que les fantassins s'arrêtent et se replient. Pour leur rendre confiance, les chars reçoivent l'ordre de foncer dans le village. Le peloton Girard entre à Sigolsheim et le traverse avec en tête, le char de l'aspirant

" Fort de France ". Les fantassins se reprennent et abordent les premières maisons. Mais la nuit est tombée et l'opération en est considérablenient gênée; les Allemands en profitent, sortent des caves des maisons et à coups de " panzerfaust " font flamber trois chars. L'aspirant Girard donne l'ordre à son personnel de se replier pour rejoindre la base de départ ; resté le dernier à la pointe extrême du combat, ayant donné ses ordres jusqu'à l'évacuation des engins avec le calme d'un vieux baroudeur, il s'efforce de regrouper ses hommes mais les allemands sont de plus en plus nombreux : dans la nuit les rafales de mitraillettes se multiplient. L'une d'elles atteint grièvement Camille qui tombe en poussant un grand cri.

C'est le 12 janvier 1945 que l'aspirant Girard décédait en Allemagne où il avait été transporté. A l'endroit même où le jeune officier tombait mortellement blessé et jetait à l'Alsace encore occupée le cri d'espoir de la France combattante, la municipalité de Sigolsheim a inauguré le 16 décembre 1945 une plaque commémorative en son honneur et une rue du village portera son nom lorsque Sigolsheim sera reconstruit. Ainsi, dès leur enfance les petits alsaciens mêleront aux noms familiers du vieux village, le nom d'un jeune français d'Afrique qui, à la fidélité de l'Alsace douloureuse, répondit par le sacrifice de sa vie, symbole de la fidélité des français d'outre-mer à la province martyre.

Citation a l'Ordre du corps d'Armée :

" Jeune officier hors de pair. A fait l'admiration de tous par son sang-froid, son mordant et son esprit d'initiative. Venant de prendre le commandement d'un peloton, a fait preuve des plus belles qualités manœuvrières, lors de l'attaque qu'il a menée sur Ammerzwiller, dans la nuit du 27 au 28 novembre 1944. S'est de nouveau distingué le 28 novembre 1944 dans la prise de Gildwiller, capturant de nombreux prisonniers grâce à une action menée avec audace, digne des plus belles traditions de la cavalerie française ".

Citation à l'Ordre de l'Armée américaine (Silver Star) :

" Aspirant Camille Girard du 1er chasseurs d'Afrique, armée française pour bravoure dans le combat du 17 au 19 décembre 1944, en France. Une unité de la 5e D.B. désignée Combat-Command " Les chasseurs d'Afrique ", précédait en pointe l'attaque alliée contre une importante forteresse ennemie. L'aspirant Girard et ses camarades officiers étaient responsables de l'organisation et de l'exécution de cette opération difficile. Bravant le feu des canons antitanks et l'artillerie, ils dégagèrent les positions hostiles en tuant, blessant ou capturant la garnison entière. Presque immédiatement ils dirigèrent leurs tanks vers une autre ville tenue par l'ennemi et, en tirant sur les arrières des défenseurs ennemis, contribuèrent matériellement à la capture de plus de 400 prisonniers. En dépit de lourdes pertes, l'aspirant Girard et les autres officiers conduisirent leurs hommes malgré une résistance opiniâtre pour écraser l'ennemi dans une troisième ville ".

Citation à l'Ordre de l'Armée :

" Remarquable chef de peloton possédant au plus haut point les qualités de l'officier, calme, souriant, d'une intelligence remarquable et d'une grande valeur morale. A abordé audacieusement Sigolsheim le 19 décembre 1944 avec son peloton, tuant les défenseurs ou les réduisant à s'abriter dans les caves. N'ayant pas été suivi par les éléments chargés de procéder au nettoyage, s'est maintenu sur la position qu'il venait de conquérir avec un seul peloton, a tenu pendant plus d'une heure en attendant l'arrivée de l'infanterie chargée d'occuper le village. Blessé grièvement à l'extrême avant, n'a pu être secouru ".

Informations complémentaires extraites de la  revue "Salam" no 113 mars 2000

et sur http://cgirardsigolsheim.free.fr