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De SENAILHAC ERIC

 

Un preux, s'il en fut ! Une magnifique figure de légende !

Né le 22 juillet 1922 à Toulouse. Mort le 15 avril 1945, quelques jours avant la fin des combats, atteint d'une balle dans la tête alors qu'il était sorti de son char sous un feu violent pour aller secourir deux de ses hommes restés dans le char subordonné qui brûlait. Voilà bien, dans cette fin émouvante, les deux traits dominants de son caractère : une bravoure devenue proverbiale dans son régiment et une incomparable générosité, une suprême noblesse d'âme.

Dès sa plus tendre enfance, Eric paraît marqué pour son destin exceptionnel. Le héros vibrant aux malheurs de sa patrie est tout entier déjà dans le garçonnet de sept ans qui sanglotait un soir dans son lit alors qu'en famille on venait de chanter " les cuirassiers de Reischoffen ", navré que tant d'héroïsme n'eût pas sauvé la France. Celui qui se sacrifiera en portant secours à ses camarades de combat est aussi celui, qui, étudiant, se privait, se dépouillait de tout pour les autres : interne au lycée de Toulouse, il partageait les colis que sa famille lui envoyait du Maroc entre ses camarades déshérités soumis à de cruelles privations. C'est le même qui, aux armées, alors qu'il pouvait obtenir une permission de faveur, écrira à sa mère :

" Je vous en prie, pas de piston pour les permissions ; c'est trop injuste pour ceux qui n'en ont pas " ; et combien pourtant il eût aimé partir, lui qui était le plus tendre des fils et qu'une fiancée attendait. D'une sincérité totale, d'une franchise presque agressive, trop droit pour être capable de flatterie ou même " d'adresse ", passionné de justice, Eric de Senailhac était la noblesse même. Au surplus, de ce jeune patricien, Toulouse-Lautrec par sa mère, admirablement racé, magnifique de stature, émanait ce rayonnement naturel qui fait le chef-né.

Après avoir terminé ses études secondaires dans la classe de mathématiques du lycée Gouraud, Eric de Senailhac était allé préparer Saint-Cyr au lycée de Toulouse.

A la rentrée d'octobre 1942, il venait d'être élu par ses camarades

" Z " de la Corniche, lorsque survint le débarquement allié en Afrique du Nord : l'entrée des allemands en zone " non occupée " qui en fut le contre coup parut intolérable à l'âme fière et sensible d'Eric, et en même temps, ce Maroc, qui lui était déjà si familier, devint dès lors, pour tout ce que la jeunesse française comptait de cœurs ardents, le centre du ralliement pour le combat suprême.

Le 27 décembre 1942, Eric de Senailhac franchit les cols pyrénéens par une de ces tempêtes de neige qui ont enseveli tant de vaillants (la surveillance allemande était moins stricte par mauvais temps). Après 5 mois de détention en Espagne, très pénibles à bien des égards, Eric arrive enfin au Maroc et s'engage au 3e Spahis de Meknès " pour être dans la reconnaissance à la pointe du combat " écrit-il à sa sœur. Envoyé ensuite à l'Ecole des cadres de Cherchell, il est affecté après sa sortie, au 2e chasseurs d'Afrique ; c'est avec cette unité d'élite qu'il participe au débarquement en France en août 1944. Dès lors, il vit enfin cette épopée glorieuse dont il a rêvé tout enfant ; il aura même, entr'autres, la joie d'entrer le premier dans Mulhouse. Trois citations disent ce que fut sa tenue au feu :

Citation à l'Ordre du Régiment :

" Chef de patrouille de chars légers ; depuis le débarquement en France s'est toujours montré extrêmement brillant dans toutes les opérations auxquelles il a participé : d'une bravoure sans pareille et méprisant totalement le danger, il est, de plus, un chef manœuvrant habilement et audacieusement. Le 19 novembre 1944, à Friesen, il a exécuté une patrouille de liaison particulièrement délicate, au cours de laquelle il a détruit trois armes automatiques et une mitrailleuse lourde ennemie. En pointe de la reconnaissance de Magstatt à Brunstatt, a causé de lourdes pertes à l'ennemi et détruit au canon un observatoire, sur la crête du jardin zoologique de Mulhouse. Exécutant des patrouilles agressives sur Didenheim, à plusieurs reprises, a détruit des armes automatiques et deux panzerfaust ".

Citation à l'Ordre de la Brigade :

" Chef de chars légers, d'un courage à toute épreuve. Le 27 février 1945, à l'écluse de Munschouse, chargé de reconnaître la visibilité d'un pont, ne pouvant plus progresser en char, a mis pied à terre sous un feu violent d'armes automiques ennemies, et, bien qu'atteint par une balle qui a traversé son casque, a continué de progresser avec le même sang-froid et a recueilli les renseignements qui lui avaient été demandés ".

Citation à l'Ordre de l'Armée :

" Chef de patrouille de pointe audacieux et réfléchi ".

ayant toujours montré un complet mépris du danger. S'est particulièrement distingué le 14 avril 1945 à la prise de Legelhurst où il a exécuté avec adresse la reconnaissance de la localité, semant le désordre dans les rangs ennemis et sans subir aucune perte. Le 15 avril à Kurzell, lors d'une poursuite hardie, son char subordonné ayant été atteint par un panzerfaust, n'a pas hésité à sortir de son char sous un feu extrêmement violent pour se précipiter à pied au secours de deux membres de l'équipage restés dans le char en flammes. A, de sa main, abattu un ennemi armé de panzerfaust qui s'apprêtait à détruire un autre char.

Atteint par une balle explosive dans la tête, a été mortellement blessé ".

Les témoignages qui, à la mort d'Eric, furent prodigués à sa famille par ses camarades de combat montrent combien sa perte fut cruellement ressentie et quelle place il tenait dans, les cœurs. On regrette en les lisant de ne pouvoir les citer tous et les citer en entier. De son capitaine :

" C'était une certitude merveilleuse d'avoir à l'escadron un magnifique guerrier comme lui.... Autant en novembre qu'en février, il s'était couvert de gloire, remplissant avec un calme admirable et un complet mépris du danger les missions les plus périlleuses. Il avait de plus une remarquable intelligence militaire. Il vivait son combat et le renseignement qu'il donnait était toujours celui dont j'avais besoin. Il ne comptait que des admirateurs et des amis ".

D'un de ses hommes :

" Je lui dois tout ; il me faisait travailler au repos pour que je passe sous-officier "

D'autres :

" Eric incarne vraiment à mes yeux l'idéal de la jeunesse française ".

" Il était très grand mais son âme était plus haute que sa taille pourtant magnifique ".

" Personne n'a pu l'apprécier sans subir, son influence, sans l'aimer. Il mettait du chic en tout, jusque dans la bravoure. C'est le deuil du régiment ".

Et enfin le camarade désigné pour répondre à l'appel des morts lors de la grande prise d'armes de la victoire a écrit à ce sujet :

" C'est un honneur usurpé. Le héros, le preux du régiment, c'était Eric de Senailhac ".

Ce suprême hommage les résume tous.

Puisse un tel exemple exalter les jeunes et devenir leur modèle : ainsi aura pleinement servi la patrie, le sacrifice d'un homme dont ou pouvait tant espérer et dont on peut vraiment dire qu'il faisait " honneur à l'homme ".