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Yves

Louis

DE LAVALETTE du COETLOSQUET

Poignant mais sublime destin de toute une génération: Yves, Christiane et Louis de Lavalette du Coëtlosquet, enlevés à leur famille, en moins de deux ans (19 mai 1940 - 15 août 1941 - 17 mai 1942) à l'aube d'une brillante carrière toute éclairée des nobles et généreuses traditions familiales.

Yves était entré au Lycée Gouraud en 1924 lorsque son père le Colonel de Lavalette vint à Rabat comme Directeur du Service Géographique du Maroc. Brillant élève, Yves sortit du Lycée en 1929 bachelier ès-lettres et ès-sciences ayant été reçu en même temps en Philosophie et en Mathématiques. Deux ans après il réussit au difficile concours de l'Institut Agronomique.

Malgré le sévère labeur de " l'Agro " Yves, affirmant un sens social rare à cet âge, s'inscrivait dans les Equipes sociales que venait de créer Robert Garric; Yves savait se faire aimer des humbles car il les aimait lui-même et il les comprenait. Avec intelligence et générosité il travaillait au rapprochement des classes par ces contacts entre étudiants, jeunes employés et ouvriers.

Son besoin d'action sociale s’exerça dans un champ plus vaste encore lorsqu'après avoir acquis le titre d'Ingénieur Agronome, Yves alla s'occuper de la propriété paternelle de Saint-Maurice à Boissy-Maugis dans l'Orne. Les jeunes ruraux de la région, heureux de se sentir l'objet de sa sympathie, se groupèrent autour de ce jeune sportif, d'un dynamisme rayonnant, qui animait leurs réunions de son entrain et de sa gaieté.

Athlète accompli, Yves qui déjà à l'Agro avait fondé la " Société des Cavaliers de l'Institut Agronomique ", se préparait en 1939 aux épreuves du Pentathlon en vue des prochains Jeux Olympiques. Il menait de front d'ailleurs plusieurs autres activités qui furent l'occasion de divers séjours d'études et d'affaires en Angleterre. Aussi, lors de la mobilisation, sa connaissance parfaite de l'anglais le fit-elle désigner comme officier interprète.

Mais Yves ne put admettre qu'on lui fit attendre à Alencon soit affectation à une division anglaise.... qui arriverait Dieu sait quand, et il obtint d'être affecté tout de suite au 2me Régiment de Cuirassiers, en fait régiment de chars.

Lorsqu'en mai 1940 se produisait la ruée allemande, son régiment intégré dans la 3 Division Légère Mécanique reçut l'ordre d'aller retarder la marche de l'ennemi et entra en Belgique le 10 mai.

Mais les blindés du Général Prioux se battaient à un contre neuf; le " 2 Cuir " ne céda le terrain que pas à pas, perdant les 4/5 de soit effectif : Yves prenait part à tous les combats " conservant son calme, toujours souriant, déployant la plus grande activité " déclare son colonel.

Au cours de la retraite Yves reçut mission de rechercher le IVème Corps d'Armée avec lequel on avait perdu la liaison; et, au milieu des blindés ennemis qui s'infiltraient de toutes parts, il monta en side-car le 19 mai au matin pour accomplir sa dernière mission-

Son corps fut retrouvé au milieu de ceux d'une vingtaine de militaires de toutes armes qui s'étaient regroupés autour de lui et qui avec lui, faisant face, au cours de la tragique débandade, n'avaient pas voulu se rendre et s'étaient battus, jusqu'au bout, pour l'honneur.

Les habitants du village voisin, Villers Pol près de Valenciennes, après avoir identifié les corps, les inhumèrent pieusement.

Cité à l'Ordre de l'Armée, Yves de Lavalette fut décoré de la Légion d'Honneur à titre posthume (J.O. du 3 juillet 1941).

" Brillant officier qui a rendu les plus grands services du 10 au 15 mai 1940, conservant son calme et dépensant la plus grande activité et le plus grand courage. A trouvé une mort glorieuse le 19 mai 1940 à Villers Pol au cours d'une mission particulièrement dangereuse à travers les unités ennemies ".

Pendant des mois ses parents ignorèrent sa mort. C'est Christiane sa sœur aînée qui après de longues recherches connut la première avec certitude le sort de son cadet qu'elle chérissait et en informa ses parents.

Quelle noble et généreuse figure que celle de Christiane de Lavalette ! 'Toute dévouée comme son frère, aux œuvres sociales, crèches, patronages, dispensaires, " Sauvegarde de l'Adolescence ", Christiane après avoir jusqu'à la guerre consacré sa vie aux déshérités avait été désignée à la mobilisation comme infirmière major de l'Hôpital auxiliaire de Nogent le Rotrou. Cet hôpital, il lui fallut le créer de toutes pièces, et Christiane s’y employa avec succès. Aussi put-elle en 1940 y accueillir les réfugiés cherchant asile et les secourir, avec son dévouement habituel. Puis tout rentra dans l'ordre et Christiane après avoir licencié son personnel vint retrouver les siens, encore dans les transes au sujet d’Yves.

Quand, après de très difficiles démarches, elle eut acquis la douloureuse certitude, Christiane en informa ses parents puis, sans passeport, franchit la zone interdite, et au prix de bien des fatigues et des dangers, parvint au mois d'avril 1941 à Villers Pol pour prier sur la tombe de son frère.

Quelques mois à peine après ce pieux pèlerinage elle succombait à son tour terrassée par tant de fatigues et de tristesses.

An cours de ces années tragiques c'est au Maroc, loin des siens, que Louis de Lavalette, le benjamin, se trouvait retenu et souffrait non seulement dans son cœur de frère mais aussi dans sa fierté de soldat, C'est en effet pour continuer dignement toute une lignée de preux que Louis avait choisi la carrière militaire, et l'inaction lui pesa d'autant plus.

Après d'excellentes études jusqu'en seconde au Lycée Gouraud, Louis avait poursuivi ses classes à Paris et était entré tout jeune à Saint-Cyr. A la sortie de l'école, son brillant classement lui avait permis de choisir ce corps d'élite qu’est la Légion Etrangère. Après quelques garnisons dans le Sud Oranais et les Confins, Louis en 1935 avait demandé le Maroc où l’attiraient d'heureux souvenirs et il était affecté en 1936 aux Affaires Indigènes.

Commandant de Goum successivement à Anzi dans l'Anti-Atlas, à Imilchil dans le Haut Atlas, puis à Ou-Terbat aux sources du Ziz à 2.500 mètres d'altitude, il se trouvait à Bou-Ouz-Mou sur l'Assif Melloul lors de la mobilisation.

Il essaya alors de se faire affecter en France mais se heurta à un refus formel : plus que les autres, les Officiers des A.I. furent tenus de conserver leur poste. Et c'est de loin que, rongeant soit frein, il suivit le drame. En 1939 déjà il écrivait : " Je ne puis me faire à l'idée due c'est Yves l'officier de réserve qui se bat et que, moi l'officier d'active, je reste ici sans rien faire ".

Aussi est-ce avec empressement que, faute de mieux, Louis saisit l'occasion d'agir enfin lorsque fut prise en mai 1940 la décision de lever des goums de réserve; Louis organisa alors à Christian le 130ème Goum de Marche. A la tête de cette unité - " splendide " selon l'appréciation de ses chefs - il parcourut tout le Maroc depuis Christian jusqu'à Casablanca, puis à travers la Chaouia et le Rharb jusqu'à la frontière espagnole pour ramener finalement son Tabor dans le Moyen-Atlas.

Mais voici que dans les commissions de contrôle au Maroc les Italiens sont remplacés par des Allemands : il faut jouer serré et conserver le plus possible de combattants. Les officiers de Goums sont mis en congé d'armistice et camouflés en contrôleurs civils des A.I.

Ce sont ces cadres qui réapparaîtront après le débarquement américain et se couvriront de gloire avec leurs unités en Tunisie, en Italie, puis en Alsace, et jusqu'au Danube.

Hélas ! cette joie suprême devait être refusée à Louis de Lavalette du Coëtlosquet; lui à qui l'annonce de la mort de son frère avait arraché ce cri " C'est moi qui aurais dû recevoir une balle dans la tête " ne put couronner l'épopée de sa race en mourant en soldat sur le champ de bataille.

Louis venait à peine d'être affecté à Rabat à la Direction des Affaires Politiques pour l'inspection des Goums lorsqu'il mourut en service commandé, atteint du typhus comme tant d'autres officiers des A.I.

" Il laisse parmi nous un magnifique exemple de conscience et de dévouement total à la France, à son devoir ", proclame à ses obsèques son. chef le Colonel -depuis Général - Guillaume.

Sentant quelle immense peine éprouveraient ses parents à savoir en danger grave le seul enfant qui leur restât, Louis n'avait pas voulu qu'ils fussent informés de son mal.

Ils eurent du moins la consolation quand ils vinrent au Maroc d'apprendre combien sa fin avait été adoucie par les multiples prévenances de leurs amis et par les secours de la religion car, fervent chrétien comme ses deux aînés, Louis avait, comme eux, puisé dans sa foi le réconfort à l'heure suprême.

Le dimanche 17 mai 1942 deux ans presque jour pour jour après son frère Yves et quelques mois seulement après sa sœur Christiane, Louis était parti les rejoindre, consommant ainsi le sacrifice total à la France des Lavalette du Coëtlosquet.