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CANERI ANTOINE

 

Né le 1er mai 1911 à Bougie, Antoine-François Caneri était fils d'officier et fut élève du lycée Gouraud de 1922 à 1928 pendant que son père tenait garnison au Maroc. Rentré en Algérie quand son père y fut affecté de nouveau, il termina au lycée Bugeaud ses études secondaires et fut reçu en octobre 1930 au concours d'entrée de l'Ecole supérieure de commerce d'Alger. Il en sortit diplômé en 1933.

Franc et loyal, de caractère enthousiaste et dynamique, Caneri avait été pendant toutes ses études un sportif ardent et fougueux, pratiquant le football et l'athlétisme à l'Olympique Marocain durant son séjour à Rabat, puis équipier du Racing Universitaire Algérois pour les mêmes sports et le baskett. Plus tard lorsqu'après son service militaire il sera jusqu'à la guerre sous-directeur d'une usine importante près d'Alger, la voile deviendra son sport favori ; il participera alors avec son « Star » à de nombreuses compétitions.

Mais survient la guerre et c'est un champ nouveau, à la mesure des exceptionnelles qualités morales d'Antoine Caneri, qui s'ouvre devant lui. Le 28 août 1939, il est mobilisé comme sergent-chef au 29e Zouaves à Fort National. Apprenant que ce régiment ne quittera pas l'Afrique, Antoine Caneri ne peut admettre de rester loin du combat et il obtient d'être affecté au 9e Zouaves qui va partir en France. Il embarque à Bizerte le 5 novembre 1939.

En mars 1940, se trouvant près de Sarreguemines sur la Blies, il est volontaire pour les groupes francs et il reçoit enfin le baptême du feu le 7 mars ; dès lors toujours prêt pour les missions dangereuses, il effectue de nombreuses patrouilles de nuit au cours des 63 jours qu'il passe en première ligne et il est nommé chef de section. Mais l'offensive allemande fait transférer son unité sur le front de la Somme ; le 18 mai il est avec son régiment sur l'Ailette, le 21 et 23 mai, il repousse de violents coups de mains ennemis à Guny. Le 5 juin, à Guny encore, il est blessé deux fois ; mais il refuse d'être évacué et reste au commandement de sa section. Blessé une troisième fois, l'ordre de repli lui parvient : il le transmet à ses hommes mais refuse de se laisser emporter pour ne pas entraver leur marche et il meurt sur le champ de bataille des suites de ses blessures.

Voici le texte de la magnifique citation à l'Ordre de l'Armée qui relate la fin héroïque d'Antoine Caneri :

« Sous-officier ayant fait preuve en toutes circonstances de courage et d'abnégation, galvanisant ses hommes par son sang-froid absolu et son parfait mépris du danger. A repoussé de violents coups de mains ennemis à Guny les 21 et 23 mai 1940. A trouvé une mort glorieuse le 5 juin alors qu'il menait en brave une lutte désespérée au milieu de ses hommes contre un ennemi très supérieur en nombre ».

Inclinons-nous bien bas. Ce sont de tels sacrifices qui, lors de la tragique débandade de juin 1940, ont sauvé l'honneur des armes françaises et forcé le respect de l'ennemi.

Mais pour nous, Français d'Afrique du Nord, ils ont une valeur plus précieuse encore car ces morts héroïques nous ont laissé en confidence le grand secret de la campagne de 1940 : c'est d'Afrique que viendrait le salut ; c'est en terre d'Afrique que l'on retrouverait les dignes émules de ceux qui, blessés à mort restaient sur le sol français pour annoncer la moisson de héros qui allait se lever avec l'année 1943. Morts du Pentano, de la Mainarde et du Belvédère, héros de Pico et de la terre toscane, combattants de Provence et d'Alsace c'est le sacrifice de vos camarades nord-africains comme François Caneri qui, vous a montré la voie. Dans vos victoires vous n'avez jamais oublié ceux de l'année quarante ; et c'est avec eux, tous ensemble, que vous avez défilé le long des palais de la Ville Eternelle, aperçu les tours de Florence sur la ligne de l'horizon toscan, débarqué, avec quelle émotion parmi les paysages lumineux de la côte provençale, libéré l'Alsace et franchi le Rhin pour terminer en terre germanique la première épopée authentique de la jeunesse française d'Afrique du Nord.