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BRETTE MARCEL

Né à Saf-Saf (Tlemcen) le 21 juin 1923.

Elève du lycée Gouraud à partir de 1936, il est bachelier ès-lettres et ès-sciences en 1942 après un double succès en philosophie et en mathématiques. Les internes de cette époque ont gardé le souvenir de ce charmant camarade, débordant de gentillesse et de bonne humeur, qui était leur délégué pour la gestion du " Foyer des internes " et se dévouait si volontiers pour être agréable à chacun.

En octobre 1942 il va commencer ses études de médecine à Alger. Survient le débarquement. Aussitôt il rentre à Port-Lyautey et s'engage au 1er R.T.M. Ses chefs l'envoient à l'école de Cherchell où il est excellemment noté et d'où il sort aspirant dans les tout premiers.

Pour faire une guerre " paisible ", il n'aurait qu'à laisser les choses suivre leur cours : ses chefs qui apprécient fort, comme l'écrit l'un d'eux, " sa volonté acharnée de travailler et de bien faire " cherchent à garder dans les services administratifs un si précieux auxiliaire qui mène à bien les tâches les plus délicates.

Mais c'est alors, pendant toute une année, de la part de cette âme d'élite une véritable lutte pour arriver à se battre, lutte d'autant plus émouvante qu'orphelin depuis l'âge de 13 ans, il éprouve pour sa digne mère un véritable culte. Dans sa correspondance avec elle, dans les petits poèmes qu'il compose à ses heures de loisir, cette tendresse filiale éclate à chaque ligne et s'exprime en formules d'une exquise délicatesse.

Mais cette " adoration " pour sa mère ne saurait l'arrêter dans ce qu'il juge être son devoir. La dernière lettre que nous ayons de lui, du 15 décembre 1944, moins d'un mois et demi avant sa mort, est un document unique. Après avoir énuméré à sa mère tous les camarades de son unité tombés dans les derniers combats, il ajoute : " Evidemment on demande du renfort, et encore une fois le commandant ne veut pas m'y envoyer. Aussi ce soir sachant qu'un renfort doit partir bientôt, apprenant la mort de camarades si chers et entendant le canon, j'ai sauté sur le commandant et lui ai dit ce que je pensais... Il faut, il faut, il faut que j'aille faire mon devoir... J'irai, quitte à attraper 15 jours d'arrêt... "

Ah ! le vaillant petit gars. En janvier 1944, las d'attendre il demande à passer au 1er R.T.A. pour se battre enfin.

Il ne se battra pas longtemps : neuf jours après son entrée en ligne, il est tué à l'attaque de Cernay, alors que déjà son éclatante bravoure s'était affirmée.

CITATION A L'ORDRE DE L'ARMÉE

" Brette Marcel, aspirant du N° régiment de tirailleurs ; jeune chef de section d'un calme et d'un courage exemplaires. Le 27 janvier 1945, volontaire pour commander une patrouille dans un terrain très difficile a réussi à ramener d'intéressants renseignements sur l'activité de l'ennemi. Le 29 janvier 1945 chargé d'attaquer avec sa section la côte 356 dans les environs de Cernay, s'est porté résolument sur son objectif, commandant sa section avec une énergie et un entrain admirables. A trouvé une mort glorieuse dans l'accomplissement de son devoir ".

" Je crois que Dieu les a pris pour leur bien et qu'ils sont plus heureux que le commun des mortels ", nous écrit son admirable mère à propos de son fils chéri et de quelques camarades tombés comme lui. Oui, certes : une nature si ardente, si tendre, si éprise d'idéal eût été trop mal à l'aise en ce bas monde.

Nous livrons aux méditations de ses jeunes camarades cette pensée recueillie par Marcel Brette et trouvée dans ses notes intimes :

" Une société ne peut durer sous une forme ou sous une autre que si elle crée de l' " Idéal " susceptible de stimuler et de coordonner les efforts de chacun ".