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BOURNAC PIERRE

Né à Rabat, le 23 novembre 1921, Pierre Bournac passe toute sa jeunesse dans sa ville natale. Il parcourt le cycle entier des études au lycée Gouraud, de la 6e à la philosophie. Son enjouement, son esprit relevé d'une pointe de vivacité méridionale, sa nature franche et tranquille, tout en lui assurant une carrière scolaire très honorable, lui conquièrent déjà la sympathie de tous, camarades, chefs, professeurs.

Sitôt bâchelier, Pierre Bournac est appelé aux chantiers de jeunesse puis mobilisé et nommé aspirant le 1er octobre 1943. Pour lui, comme pour la plupart de ses camarades d'Afrique du Nord, la vie militaire et la guerre vont contraster à la fois cruellement et merveilleusement avec la régularité abritée et un peu bornée de la vie scolaire, la quiétude doucement enveloppante de la vie familiale.

En Pierre Bournac, nous trouvons l'incarnation parfaite de sa génération. Non seulement ce jeune homme au beau regard brun n'est nullement dépaysé par sa lancée soudaine dans le mode de vie le plus dur et le plus dangereux que l'homme fait puisse connaître, mais encore il donne de sa trempe et de sa valeur morale des preuves éclatantes au cours de la difficile campagne d'automne 1944 dans l'est de la France. Chef de section au 9e régiment de Zouaves, sa tenue et son action à l'attaque d'Hérimoncourt - village où il entre le premier - sont celles d'un véritable entraîneur d'hommes et lui valent la substantielle citation suivante :

« Excellent officier toujours en tête de sa section, au cours de l'attaque d'Hérimoncourt, a entraîné lui-même deux de ses groupes sur un point battu par le feu, s'emparant ainsi d'un canon anti-char, d'un camion et faisant en cet endroit 6 prisonniers ».

Hélas, bien peu de jours plus tard il est chargé de la mission que son scrupule à la bien remplir va transformer en mission de sacrifice. Le 21 novembre 1944 - il aura 23 ans le surlendemain - il part en reconnaissance à la tête de sa section pour vérifier si le village de Chavannes les Grandes (Territoire de Belfort) est occupé ou non par l'ennemi. Chavannes les Grandes est bordé de bois au sud. Grâce à ce couvert, la section Bournac peut approcher à 100 mètres du village sans avoir été inquiétée. Hardiment le jeune chef laisse là deux groupes, prend le troisième avec lui et progresse encore. Mais l'ennemi était bien là, et un ennemi capable d'assez de maîtrise pour avoir retardé sa réaction au maximum. A 40 mètres seulement, une mitrailleuse lourde se dévoile. En dépit d'efforts héroïques pour combattre un tel feu, la section Bournac est affreusement décimée.

Le lendemain, le 2e bataillon du 9e Zouaves venge ses morts en enlevant de vive force Chavannes les Grandes. On retrouve sur le terrain sept membres de l'héroïque reconnaissance de la veille et parmi eux, leur chef, l'aspirant Pierre Bournac : il a été frappé d'une balle en plein front. En réalité, le jour de sa mort, il est le sous-lieutenant Bournac mais la notification de sa nomination n'est pas encore arrivée au corps.

Voici le texte de la citation à l'Ordre de l'Armée qui consacre le dernier fait d'armes, de Pierre Bournac, bien propre à graver dans nos mémoires l'exemple de son abnégation féconde :

« Aspirant de grande valeur, plein d'allant, toujours en tête de ses hommes. Tombé face à l'ennemi à la tête de sa section le 21 novembre 1944, à dix heures, au cours d'une reconnaissance qu'il effectuait sur le village de Chavannes les Grandes ».

A titre posthume Pierre Bournac a été décoré de la Médaille militaire.