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BOUDET ANDRÉ

 

Magnifique destin hors série que celui d'André Boudet qui, tombé en Alsace à 18 ans « alors qu'éclaireur avancé il protégeait l'avance de ses camarades », avait déjà rempli une carrière de « brave des braves » à l'âge où tant d'autres sont encore écoliers.

Né le 24 juillet 1926 à Rabat, André Boudet fut d'abord élève du lycée de Casablanca puis vint poursuivre ses études secondaires au lycée Gouraud jusqu'à ce que sa mère, veuve, le reprit avec elle à Casablanca pour l'initier au commerce qu'elle gérait. Mais à vrai dire tout autres étaient les soucis d'André : âme vibrante, tempérament fougeux, il était hanté par l'idée de se battre pour la France et à 16 ans il tenta par trois fois d'aller par mer de Casablanca à Gibraltar pour s'engager dans les forces de la France libre : trois fois il échoua. Survint le débarquement allié qui allait lui permettre de vivre son rêve. Malheureusement, pour les projets d'André, sa mère, partie en France au cours de l'été 1942, y avait été bloquée par le débarquement et il ne pouvait être question de prendre au sérieux, sans l'autorisation maternelle, l'engagement d'un gamin de 16 ans.

Mais ce gamin eut bientôt l'occasion de montrer qui il était. En mars 1943, lors d'une manifestation gaulliste à Casablanca, les autorités locales s'étaient opposées au dépôt d'une gerbe devant le monument aux morts et avaient chargé un détachement de Sénégalais, baïonnette au canon, de faire exécuter les consignes officielles. Mais dans le groupe des manifestants André Boudet n'avait cure ni des consignes ni des baïonnettes : il avança toujours et reçut un coup de baïonnette à l'estomac. Il fallut le transporter à l'hôpital, le pancréas perforé de part en part ; il en réchappa par miracle.

Dès lors plus rien ne put arrêter le jeune héros dans l'accomplissement de son destin. Aussitôt sorti de l'hôpital il fut admis à contracter un engagement malgré son jeune âge - il n'avait pas encore 17 ans - et malgré l'absence de sa mère qui de son côté faisait l'impossible pour franchir les Pyrénées (elle n'y réussit qu'après avoir été arrêtée deux fois et avoir dû entrer à l'hôpital de Pau, les pieds gelés après sa seconde tentative).

Lorsqu'elle revint au Maroc, ce fut pour apprendre que son fils était soldat à Oran où il ne resta d'ailleurs pas longtemps : voyant que son unité tardait à partir au front, il demanda à passer dans un bataillon de choc : après un rude entraînement dans divers camps d'Algérie, il acquit son certificat de parachutiste et peu après quitta enfin l'Afrique en vue du débarquement à l'île d'Elbe. Jouant de malheur, il faillit ne pas être de la fête par suite d'une crise de furonculose aigüe ; mais refusant de se laisser hospitaliser, il eut la joie, quoique bien mal en point, de participer à la prise de l'île. De là il exécuta, avec son groupe, plusieurs opérations de commandos sur la côte italienne. Et ce fut enfin, en août 1944, le débarquement à Saint-Tropez.

Au cours des durs combats pour la prise de Toulon, André Boudet se distingua particulièrement : un jour, entre autres, sa patrouille ayant été encerclée dans les lignes allemandes n'eut que deux survivants : André Boudet et son caporal grièvement blessé ; André réussit à le sauver, en le ramenant dans nos lignes. Voici le texte de la citation qui récompensa cet exploit :

« Chasseur, d'un entrain et d'un allant remarquables ; n'a cessé de faire preuve des plus belles qualités de combattant au cours des combats de rues de Toulon du 21 au 28 août 1944. S'est particulièrement distingue au cours des patrouilles de reconnaissance ramenant de l'une d'elles son caporal blessé ».

Puis ce furent les combats de la vallée du Rhône, la prise de Lyon, de Dijon, jusqu'au moment où l'ennemi fit rageusement face dans les Vosges. Lors de la prise de Belfort, André, toujours au premier rang quand il y avait du danger, fut volontaire pour le « nettoyage », et voilà que, débouchant place du Diamant, il se trouve seul en face d'une patrouille allemande ; se réfugiant dans un immeuble, il tint ses assaillants en respect à coups de grenades d'étage en étage jusqu'au moment où, niché sur le toit et gardant pour lui sa dernière grenade, il eut la joie de voir ses ennemis décimés abandonner la poursuite. Mais, à s'exposer ainsi sans cesse, André Boudet ne pouvait faire une longue carrière.

C'est par un froid dimanche de décembre qu'au cours de l'avance sur Thann, André Boudet placé à l'extrême pointe d'un dispositif de guetteurs dans la forêt de Villers sur Thur fut tué d'une balle en plein front par un tireur d'élite. Il avait 18 ans.

Voici sa citation posthume à l'Ordre de l'Armée :

« Chasseur d'un caractère remarquable tant par son courage au feu que par son esprit de camaraderie. Ayant participé avec le plus grand succès aux différentes opérations de sa section, s'est fait remarqué au cours des combats de rues de Toulon, par son cran et sa bravoure.

Dans les Vosges, puis à Belfort, enfin en Alsace, s'est toujours trouvé à la pointe du combat.

Tombé glorieusement, tué d'une balle en pleine tête le 3 décembre 1944 alors qu'éclaireur avancé il protégeait l'avance de ses camarades ».