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AVANT-PROPOS

Ce livre, nos morts l'ont écrit de 1939 à 1945 an cours d'une période de notre histoire où le sacrifice des combattants nous a restitué notre fierté.

Lorsqu'il s'est agi de raconter leur vie pour leur rendre l'hommage fervent que nous leur devions, nous avons pu croire un instant qu'il suffirait de l'entreprendre pour que l’œuvre se trouvât rapidement achevée ; et aussitôt les difficultés se dressèrent...

Rassembler les informations suffisantes pour ressusciter leur visage auprès des familles dont chacune avait ses exigences affectives constituait déjà une tâche considérable et, en bien des cas, difficile : ne fallait-il pas d'abord nouer les contacts nécessaires avec les parents épars en Afrique du Nord, en France et dans les autres pays de l'Union Française ? peut-être même excusera-t-on, après coup, la douce obstination avec laquelle nous avons obtenu parfois que le silence douloureux qui entourait la disparition d'un être cher fut rompu en faveur de notre LIVRE D’OR. Lorsqu'aucune trace de la famille n'a pu être retrouvée, nous avons évoqué le héros parmi ses souvenirs d'écolier afin que le Lycée Gouraud, où son nom est conservé dans la pierre, le protège contre la solitude et l’oubli.

Parce qu'ils nous étaient tous également chers, unis dans le même cortège triomphal de la victoire, nous avions caressé le rêve d'établir entre les notices une longueur uniforme ; mais chacun de nos morts avait un destin bien à lui : l'un succombait en défendant pied à pied la retraite de l'armée française à la fin du printemps de 1940 ; l'autre en Tunisie, en Italie écrivait sa brève destinée de soldat sur les pentes de quelque mont désolé ; tel disparaissait dans un accident ; de ceux qui débarquèrent en France les uns ne connurent de la campagne que la griserie d'une chevauchée rapide ; d'autres, échappant au danger de cent combats, sautèrent sur une mine, en terre allemande à quelques jours de la victoire... Jusque dans leur mort ils restaient des personnes distinctes. Nous avons dû respecter en chacun d'eux le reflet original de l'honneur français que tous ensemble ils ont renouvelé.

Quant à ceux qui acceptèrent de rédiger les notices, ils sont aussi fort divers, puisque toutes les bonnes volontés furent bienvenues ; lorsque le portrait ne leur était pas fixé en termes volontairement laconiques par la famille, ils puisèrent parmi leurs souvenirs d'ami, de professeur, de camarade de classe afin d'animer la silhouette du disparu. Mais trop souvent ils durent retracer une vie dont ils ne connurent les divers épisodes que par des documents parfois succincts ; il nous est même arrivé de mentionner des citations dont nous n'avons pu nous procurer le texte. Aussi chaque notice comporte-t-elle, autour d'une condition humaine qui exprime toutes les nuances de l'héroïsme, et la piété inquiète de la famille, et l’amitié, spontanée on vécue, du rédacteur.

Si nous n'avons pu vaincre ces difficutés ni assurer à l’ouvrage d'une homogénéité que le sujet rendait impossible, nous nous consolerons du moins en pensant que quelles que fussent les conditions de la mort qui brisa prématurément leur destin, nous les avons tous enveloppés dans une même ferveur. Il n'est pas jusqu'à notre retard, imposé par tous les détails à ordonner (et nous voulions cent cinq visages de jeunes Français reproduits par la photographie, et cent cinq notices sans qu'un seul d'entre eux manquât à cet appel qui nous les rendait, tous, une dernière fois, vivants) il n'est pas jusqu'à notre retard qui ne nous ait valu une occasion unique : la longue fréquentation de ceux qui furent les meilleurs d'entre nous ; elle nous a permis d'approfondir le sentiment qui n'a cessé de nous guider dans notre effort : la fidélité absolue envers nos morts.

L'on comprendra dès lors qu'en présentant ce livre au public nous exprimions enfin le regret que nous ressentîmes en remettant le manuscrit à l’imprimeur : c'est que l’ouvrage ne soit pas à la mesure de notre admiration.

 

LE COMITÉ DE LA REDACTION.