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Né à Toulon le 25 février 1922, Joël Angles d'Auriac fit ses études en cette ville jusqu'à la première partie du baccalauréat. Il en avait affronté les épreuves avec succès et se trouvait à Brest lors de la débâcle de nos armées en juin 1940.

 

Soucieux de ne pas tomber aux mains de l'ennemi et pensant que peut-être la lutte continuerait en Afrique du Nord, Joël s'enfuit laissant en France sa sœur, sa mère et son père. Il fit partie de ces réfugiés de 1940 dont quelques-uns se fixèrent provisoirement à Rabat ; Joël suivit alors les cours de la classe de mathématiques au lycée Gouraud.

 

Par la suite, ne pouvant deviner que l'Afrique surgirait, deux ans après, l'armée de la Libération, Joël se décida à rentrer dans sa famille. Il revint à Toulon poursuivre ses études en attendant le jour où il pourrait participer à la lutte, car il gardait au cœur un espoir inaltérable et la certitude absolue du relèvement de la France.

 

Avide d'action et d'idéal, d'un dynamisme rayonnant, il se donna de tout son cœur au mouvement scout dont les principes généreux, la discipline joyeusement consentie, lui semblaient propres à maintenir dans l'âme des jeunes les nobles sentiments qui feraient d'eux un jour les artisans de la Libération.

 

En juillet 1943, malgré ses efforts pour échapper à la réquisition, peut-être à cause de la place que lui donnaient ses qualités innées de chef, il fut désigné pour " le Service du Travail Obligatoire " et envoyé en Tchécoslovaquie avec d'autres travailleurs français.

 

Alors commence cette activité magnifique qui va conduire Joël au martyre et l'égaler aux plus grands. Clandestinement, violant à tout instant la redoutable discipline allemande, il reprit son activité scoute. Malgré les souffrances physiques, les privations, les mensonges de la propagande allemande, il conserva intacte sa foi en la victoire finale des alliés et voulut la faire partager à ses camarades. La troupe qu'il constitua fut vouée à " Notre-Dame de ]'espérance ". Pendant plusieurs mois Joël put ainsi entretenir l'espoir au cœur de ceux qui, comme lui, souffraient là-bas et leur rendre la foi en un avenir meilleur.

 

Au début de l'année 1944, accusé de menées anti-allemandes, Joël fut arrêté.

 

On sait peu de choses sur sa captivité ; cependant deux brefs messages de la Croix-Rouge laissent comprendre quelles brutalités physiques et morales il dut subir à l'occasion d'interrogatoires destinés à lui faire révéler le nom de ceux qui l'avaient suivi. Joël résista à tout, subit tout ce que ses bourreaux entendirent lui faire subir et ne parla pas.

 

Il fût condamné à mort et exécuté le 6 décembre 1944. Il avait 22 ans.

 

Sa mort fut le plus admirable exemple de patriotisme élevé, de résignation sublime. Trois heures avant son exécution il écrivait :

 

" Ne soyez pas tristes, je meurs avec le sourire, car le Seigneur est avec moi, et je n'oublie pas qu'un routier qui ne sait pas mourir n'est bon à rien... Soyez certains que j'accepte l'épreuve presque avec joie ".

 

Et cet enfant torturé, termine son " message " par ces mots auxquels son supplice tout proche donne une indicible et poignante grandeur :

 

" Je pardonne aux responsables de ma mort

 

Le R. P. Oblat Baensch (de Dresde), qui l'assista à ses derniers moments a dit de lui :

 

Il n'était pas désespéré, mais tranquille et prêt.

 

Au soir, à six heures, Joël et les autres (un français et quelques tchèques), se préparèrent pour leur dernier chemin.

 

Il était debout, calme devant moi.

 

Sur son front je lui dessinai la Croix Sainte pour la dernière fois.

 

Alors on appela le nom de Joël, et lui, comme un héros chrétien, se pencha sur sa mort ".

 

Le sacrifice de Joël, son martyre accepté avec tant de sérénité ne doivent pas être perdus. Ils montrent à quels sommets peuvent atteindre les fils de France quand ils puisent dans une certitude intérieure la force d'espérer toujours, de souffrir avec résignation et de pardonner comme il a su le faire. Tant qu'un pays donnera à ses enfants de tels exemples, il ne faudra pas désespérer de lui.